| Les premiers ordinateurs, qui ressemblent à
l'époque plus à des machines à calculer qu'à
nos outils polyvalents d'aujourd'hui, sont programmés en langage
machine. La question de la portabilité ou de l'universalité
ne se pose même pas. Mais quand l'informatique commence à
percer dans le monde de la gestion et de l'industrie, des problèmes
inconnus jusqu'alors font leur apparition. Il devient soudainement nécessaire
qu'un même programme puisse fonctionner sur différents types
de matériels, qu'il soit possible de contrôler le fonctionnement
de la machine afin de la rendre réellement universelle. Bref, il
faut intercaler entre le hardware et le software un élément
supplémentaire, qui deviendra ce qu'on appelle aujourd'hui un système
d'exploitation (OS).
Les
OS tels qu'on les connaît apparaissent dans les années 60.
Les chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) pensent à
l'époque développer l'informatique à l'image du réseau
électrique : une prise dans chaque pièce où il suffirait
de brancher une console pour utiliser la puissance de calcul fournie à
l'abonné. Le projet Multiplexed Computing System (Multics) a même
pour sujet de développer pareil concept à l'échelle
de la ville de Boston. Multics est réellement un projet révolutionnaire
: un système d'exploitation multitâche, muti-utilisateurs,
sécurisé et surtout écrit dans un langage de haut
niveau, et non en Assembleur. Mais Multics est aussi un échec retentissant
: ses concepteurs se heurtent à de nombreuses difficultés
imprévues et l'inefficacité notoire du langage d'implémentation
choisi, le PL/1, rend le système inutilisable. Multics entre dans
l'histoire de l'informatique en tant que concept théorique très
intéressant, mais apparu trop tôt.
Dans les laboratoires Bell, Ken Thompson et Dennis Ritchie rêvent
de Multics... en vain. La configuration nécessaire pour le faire
tourner est simplement hors de prix. Frustrés, ces deux excellents
programmeurs mettent en chantier leur propre système. Empruntant
beaucoup d'idées à Multics, leur principale préoccupation
est de veiller à ce que le nouvel OS soit avant tout performant.
Un certain sens de l'humour aidant, le bébé est baptisé
Unics, pour devenir plus tard Unix. Bien que théoriquement inférieur
à Multics, Unix ressemble sur de nombreux points à son grand
frère, tout en apportant son lot de nouveautés. A quelques
rares exceptions près, les systèmes développés
par la suite s'inspireront plus ou moins directement d'Unix.
Parmi
tous les petits disciples d'Unix, le CP/M de Gary Kildall, conçu
dans les laboratoires de Digital Research, connaît un véritable
succès sur micro-ordinateur. Mais c'est le MS-DOS de Microsoft,
directement inspiré du CP/M, qui marquera une époque et
bâtira la fortune de Bill Gates, homme doté d'un sens aigu
des affaires. Dès la version 2, MS-DOS récupère les
répertoires hiérarchiques et les fichiers périphériques,
concepts clés sous Unix. A ce moment, l'intention de Microsoft
est même de faire converger rapidement MS-DOS vers Unix. C'est en
ce sens que naît le projet OS/2, co-développé avec
IBM. Le principe d'OS/2 est an fait d'appliquer quelques idées
d'Unix et de Multics à MS-DOS. Mais après avoir rompu avec
IBM, Microsoft replace son système dans le sillage d'Unix dont
il se veut désormais le concurrent. Ironie du sort, ce croisement
dans tous les sens s'appellera New Technology, en abrégé
NT.
Parallèlement,
chez Apple, naît une machine qui va vraiment simplifier l'usage
de la micro-informatique : le Macintosh. La philosophie du Macintosh diffère
des autres machines, car il est développé autour du concept
d'un système d'exploitation axé sur une interface graphique
évoluée, et non l'inverse. Si le résultat se révèle
on ne peut plus concluant pour l'utilisateur, qui n'a pas besoin de suivre
un apprentissage rigoureux pour parvenir à maîtriser la bête,
ce système assez hermétique laisse perplexe les bidouilleurs
dans l'âme. Ceux-ci se tourneront plus volontiers vers l'univers
des PC, plus aptes pour le "bricolage", "perte de temps"
diront d'autres.
Mais
Microsoft doit frapper un grand coup pour écarter Apple, dont le
système d'exploitation maison offre une convivialité sans
commune mesure avec les écrans noirs et l'ésotérique
C:\> du MS-DOS. Gates n'a pas oublié les interfaces graphiques
qu'il a vues à San Francisco. Il décide de s'en "inspirer"
pour le nouveau système qu'il va proposer à IBM et ses concurrents.
Un système à bases d'icônes et de fenêtres,
qu'on baptisera tout simplement Windows. Lancé en 1985, il déçoit
par sa lenteur et n'est sauvé de la corbeille que par Word, le
premier traitement de texte de Microsoft à offrir un affichage
Wysiwyg (What You See Is What You Get). Mais Gates ne renonce pas et prépare
des évolutions, et en 1991 enfin, c'est la sortie de Windows 3.1,
version fonctionnelle et réellement graphique. Son succès
provoque la crainte chez Apple, à juste raison. L'ergonomie (discutable)
de Windows et surtout la bibliothèque de logiciels professionnels
de Microsoft placent le groupe en position hégémonique.
24
août 1995 : coup de tonnerre aux Etats-Unis ! Microsoft sort LE
système d'exploitation, celui qui doit rendre l'informatique
accessible à tous. Windows 95 provoque un raz-de-marée médiatique.
Principale innovation par rapport aux versions précédentes,
il ne s'agit pas d'une interface graphique venant se superposer à
MS-DOS, mais d'un système d'exploitation à part entière
Enfin presque : un petit bout de DOS reste présent au démarrage,
pour des raisons de compatibilité avec les logiciels existants.
La folie Win95 est-elle justifiée ? Certes, l'interface très
intuitive convient aux profanes. Certes, le système est multitâche,
plug and play et multimédia. Mais Apple avait déjà
fait tout cela auparavant. Rapidement, des voix se font entendre : bugs
à la pelle, gourmandise du système en ressources matérielles.
Les critiques pleuvent, mais n'empêchent pas Microsoft de s'imposer
comme grand manitou de la micro-informatique et partenaire indispensable
des constructeurs. C'est que tout le monde y trouve avantage, surtout
les fabricants de processeurs ou de barrettes mémoire...
Cependant,
dans un petit village de Finlande, un petit génie résiste
encore et toujours à l'envahisseur. Linux est un pavé dans
la mare des systèmes d'exploitation. On commence à en parler
dès 1993, mais c'est en 1996 que le système de Linus Torvalds
explose réellement. Son atout : il est gratuit ! Mais d'autres
qualités font qu'on commence à s'y intéresser de
près : chacun peut personnaliser les codes, il prend peu de place
en mémoire. Mais Bill Gates peut encore dormir tranquille : Linux
est encore un peu trop complexe pour le grand public.
Après ces premiers micro-ordinateurs, dont certains ont aujourd'hui
encore des allures de mythes, la tendance est à l'uniformisation
et à la standardisation. Et même s'il reste encore quelques
irréductibles, ceux-ci succombent peu à peu à la
vague de la compatibilité. Après quelques années
d'anarchie, la micro parvient à maturité, au détriment
peut-être d'une certaine passion, mais cela est une autre histoire... |